Acteurs: José García, Karin Viard et Olivier Gourmet.
Belgique-Espagne-France. 2004
La lutte pour l´emploi d´un cadre dans la quarantaine, chômeur de longue durée.
Comment trouver un bon poste de travail et … à quel prix?Justement deux autres films récents, sur nos écrans en ce moment, nous présentent aussi comment cette aspiration devenue une valeur si puissante peut agir sur la personnalité et la conscience des gens.
Costa Gavras a su créer un film à la fois tragique et comique.
C´est un film tragique comme son héros,rôle que José García joue admirablement,porte-parole de toutes ces victimes d´une société qui exclue les chômeurs de plus de cinq ans, les âgés de plus de quarante ans, ceux qui ne savent plus sourire pour la photo du CV,et les chauves. Héros doublement tragique puisque avant d´achever ses victimes il nous aura fait voir qu´elles souffrent comme lui, qu´elles sont finalement ses semblables, ses frères.
D´ailleurs tous les personnages illustrent un peu la difficulté de vivre des familles déchirées,des femmes qui cumulent les petits boulots précaires,des adolescents tentés par la société de consommation, des PDG stressés par l´absurdité de leur travail, des ouvriers et des cadres ménacés par la mondialisation, par les délocalisations, par les rajustements de personnel…
Mais, malgré tout ça, c´est un film comique.D´un humour très bien dosé: des situations à la limite de l´exagération ou de l´absurde,une intrigue pleine d´inatendus et de quiproquos , et une bonne dose d´ironie.
Nous finissons par nous moquer tellement de ce couperet implacable que nous entrons dans le jeu de l´assassin et nous sommes très contents de voir, même si ce n´est pas très vraisemblable, que tout se passe bien.Sauf dans les dernièrs séquences qui nous font revenir sur terre et deviner une nouvelle lutte.
Mon avis: C´est du Costa Gavras critique sociale mais vous n´allez pas déprimer ni vous ennuyer!
Et, à propos du titre, vous préférez “Le couperet” ou “Arcadia”?
A.F.G.
“Les
choristes”
Metteur en scène: Christophe
Barratier
Acteurs principaux:
Gérard Junot (le pion), François Berleand
(le directeur de l´internat), Jean-Paul Bonnaire (le concierge) Jacques
Perrin et son fils Maxence Perrin (le petit Pépinot),
Jean- Baptiste Maunier (le chanteur soliste).
Musique: Composée et
dirigée par Bruno Coulais. Choeur des Petits Chanteurs de Saint-
Marc (Lyon).
Le film français à
grand succès de l´année 2004. Qu´est- ce qu´il a pour plaire?
D´abord, c´est une comédie
avec des moments drôles, des scènes d´humour, des coups imprévisibles,
un ton toujous léger.
Ensuite,
la musique. C´est un hymne à la musique: rigolade, contestation, moyen
de réussite sociale, mais surtout fonction magique. Elle pousse partout
même où l´on ne l´attendait pas, et elle montre son pouvoir de changer
les moeurs, de transformer les gens…
Et puis, il y a des
enfants. Encore des histoires sur l´enseignement comme “Etre et
avoir”? Non, ce n´est pas du tout le point de vue d´un documentaire,
mais un film qui nous fait penser aux grands classiques comme “La
guerre des boutons”, “Jeux interdits” ou “Au revoir, les enfants”…
Depuis les premières séquences nous sommes dans le monde des émotions,
en pleine vision romantique: des enfants pauvres, difficiles, marginés,
des victimes de l´injustice sociale, des personnes méchantes et de
bons sentiments, un peu “Les Misérables" avec une ambientation
historique en 1949.
Il y a aussi de bons
acteurs. Et surtout Gérard Jugnot, à la
fois héros et anti héros, dans son rôle
de pion effacé, digne et discret qui pourrait compléter la chanson
de Jean Jacques Goldman: “Il changeait la vie”.
C´était un professeur, un simple professeur
Qui pensait que savoir était un grand trésor
Que tous les moins que rien n´avaient pour s´en sortir
Que l´école et le droit qu´a chacun de s´instruire
Il y mettait du temps du talent et du coeur
Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
À sa tâche chaque jour on pouvait dire de lui
Il changeait la vie.
C´était qu´un petit bonhomme, rien qu´un tout petit bonhomme
Malhabile et rêveur, un peu loupé en somme
Se croyant inutile, banni des autres hommes
Il pleurait sur son saxophone
Il y mit tant de temps, de larmes et de douleur
Les rêves de sa vie, les prisons de son coeur
Et loin des beaux discours, des grandes théories
Inspiré jour après jour de son souffle et de ses cris
Il changeait la vie.
Finalemenet, ce film est surtout un beau conte
que nous voulons bien croire, et s´il nous plaît, c´est que face
à l´injustice, à la violence, à l´égoïsme, à la vengeance, à la peur,
à la bêtise, nous aimons bien imaginer qu´au moins un peu quelque
part un autre monde est possible.
A.F.G.
“Monsieur
Ibrahim et les fleurs du Coran”
Metteur en scène: François
Dupeyron
Acteurs: Omar Sharif,
Pierre Boulanger.
Un enfant juif découvre
l´adolescence et devient ami d´un vieil arabe qui tient une boutique
dans un quartier typique du Paris des années 60.
Momo: Mohamed ou Moïse.
Derrière son histoire banale on nous propose un regard sur certains
aspects polémiques de notre réalité actuelle: racisme, xenophobie;
idées religieuses qui peuvent devenir sources de conflits; maternité,
paternité et adoption; valeur de l´argent…
Pour ne pas sombrer
dans le méli-mélo vous aurez droit à quelques petites doses de drôlerie
où l´humour prend le ton de comédie de moeurs (achat de la voiture
en liquide), de drôlerie à la Molière (permis de conduire) ou de vrai
tour d´esprit littéraire quand les livres vendus un à un servent finalement
à apprendre … la vie.
Et surtout vous serez
pris par l´agilité narrative. Vous pourrez sentir la bêtise, le manque
d´humanité et la rigidité absurde de la justice avec cinq ou six
rapides séquences où dans le même décor et avec le même cadrage de
premier plan, de différents personnages répétent la même réplique.
Ou, grand miracle de l´écriture cinématographique,
trois ou quatre plans de nuages vous permettront de faire d´innombrables
kilomètres de voyage, en décapotable rouge bien sûr… Et une fois entraîné
par ces métaphores, on osera vous faire sentir l´odeur des religions
dans une mosquée, un temple ou une cathédrale que vous ne verrez même
pas.
J´ai aimé ce film comme
on aime un beau conte bien raconté.
Péripécies d´une jeune
fille qui n´a pas le profil à la mode. Elle est trop grosse, trop
bon coeur, trop naïve et comme tout le monde elle a besoin d´amour
et de trouver sa voie.
Film réaliste et comique.
Le film lui-même est
une image de ce que nous voyons autour de nous: difficulté de communication,
familles destructurées, tout le monde est pressé, stressé, … et tout
le monde est victime de la dictature de l´image: l´image qu´on voudrait
avoir, l´image que les autres nous donnent, l´image que nous avions
de l´autre et que, tout à coup, nous découvrons fausse; l´image imposée
par les média, l´argent, la réussite sociale, le métier, la famille
ou le pays d´origine… Tout y passe à travers une vision ironique très
fine et, à mon avis, un peu spécialement féminine.
Les personnages nous
sont chers parce qu´ils sont réels, ils cherchent, ils sont loin d´être
parfaits … et il y en a aussi qui ont accepté de ne pas sortir
de l´image qui leur convient, ils la cultivent même, et à la fin ils
sont vides à l´intérieur et incapables d´aimer .